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en
hommage à Georges Charles et à Fernando
Otero
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Le Vol
du Dragon
Extraits d'un "Essai
théorique et pratique sur l'Art de la
Chine"
par
M. Laurence BINYON - Conservateur au British Museum -
publié
dans le Bulletin de l'Amicale Franco Chinoise. Volume IV
1912.
" Pour la plupart d'entre
nous l'art de la Chine et du
japon, quelle que soit la force de son attrait et de son pouvoir sur
notre sensibilité, apparait étrange, ou contient
du moins
une grande part d'étrangeté. Car nous nous
défendons contre les impressions, nous emprisonnons notre
esprit
dans un cercle d'habitudes, nous refusons net de voir par nos yeux, de
nous fier à nos sens et par contre nous nous conformons
toujours
à un idéal extérieur quelconque qui ne
peut non
seulement posséder aucune valeur propre, mais qui, en outre,
ne
correspond nullement à notre intuition et à nos
expériences personnelles.
Dégager
l'esprit de tout préjugé, de toute
prévention, c'est là une condition essentielle
pour
comprendre la beauté dans son essence.
Comme
disait avec regret un vieil artiste chinois "Les occidentaux
regardent les tableaux avec leurs oreilles plus qu'avec leurs yeux".
L'artiste
produit son oeuvre comme l'arbre son fruit. Car l'art est
essentiellement une conquête de la matière par
l'esprit.
Selon la formule de Bacon, l'art soumet les choses à
l'esprit,
en opposition à la science qui soumet l'esprit aux choses.
Le
premier des canons de l'art en Chine est la "Vitalité
Rythmique", le mouvement vital de l'esprit par le rythme des choses, on
pourrait encore dire "la fusion du rythme de l'esprit avec le mouvement
des choses vivantes".
Mais
qu'est-ce que le rythme ?
Le
rythme, au sens technique, se limite au son, qu'il s'agisse de la
musique ou du langage. Mais nous nous rapprochons plutôt de
sa
signification essentielle quand nous parlons de mouvements rythmiques
du corps, dans les jeux ou dans la danse.
Nous
savons tous, par expérience, qu'afin de porter
l'énergie du corps à son plus haut
degré, nous
devons chercher à découvrir une certaine harmonie
dans le
mouvement ; et cette harmonie une fois découverte et
atteinte,
on se trouve posséder une force bien supérieure,
par ses
effets, à la vigueur brutale et à l'effort
musculaire.
Le
rythme est-il trouvé, nous nous appercevons que nous sommes
en contact avec la vie, non seulement avec notre propre vie, mais avec
la vie du monde entier.
C'est
comme si nous obéissions à la cadence qui fait
mouvoir les astres.
L'art
n'est point un accessoire de l'existence, ni une copie de ce qui
existe : c'est un aperçu et une promesse de ce rythme
parfait,
de cette vie idéale.
Le
rythme est quelque chose d'étroitement et d'intimement
lié à la vie, peut-être même
le secret de la
vie et sa plus parfaite expression.
Négliger
le rythme est une erreur fatale : impossible d'agir
ainsi.
Son
pouvoir est tel que non seulement les sons, les formes, les
couleurs mais le sens qui leur est attaché se transforment,
prennent une vie nouvelle. OU plutôt dégagent
toute
la vie
qu'ils contiennent et qui, sous l'action d'un feu intérieur
semble s'être muée en lumière
éclatante.
Dans
tous les arts de la Chine nous voyons dominer le désir
d'arriver à la vie du rythme.
"Etudiez
à la
fois le
réel et le non réel. Usez soit de l'un soit de
l'autre :
votre oeuvre sera toujours artistique"
Wou Tao Tseu.
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