Richard Sagala parle du CTC, du tango, etc.

07/04/06

Intervieweur: Dania Adamuszek

 

 

-Richard  comment t’es venue l’idée du CTC?

En septembre 2004, je me suis rendu à Ann Arbour, au Michigan, pour y visiter le club de tango de l’université suite à une invitation que j’avais reçue. J’y ai été grandement impressionné.


-Pourquoi?

Parce que j’ai trouvé là une communauté de tango vieille de trois ans à peine où les danseurs dansaient à un niveau impressionnant de qualité, dansant rapprochés, de manière musicale, où la navigation sur la piste était un charme. Je ne pouvais croire qu’en si peu de temps on puisse développer une communauté aussi mature. Les gens étaient charmants, accueillants et coopéraient au bien-être de leur club de tango.


-Un club, est-ce une nouveauté ici à Montréal?

Tout à fait, nous sommes le premier club de tango universitaire de Montréal.


-Alors, cette idée a germé en toi à ton retour d'Ann Arbour?

Non, pas tout de suite, cette idée m’est venue à la suite de ma participation comme danseur à la  création de “El tango del amor”,  une œuvre du compositeur canadien John Winiarz.
Cette œuvre fut crée ici le 15 mars 2005 à la salle Oscar Peterson du campus Loyola.

Pendant les répétitions, John et moi avons tissé des liens. John Winiarz est professeur ici dans la faculté de musique qui se trouve également sur ce campus. John est aussi un aficionado de tango. Ayant mon domicile  à moins de cinq minutes à pied du campus, l’idée m’est venue cet été-là. Quand la session d’automne a repris, j’ai sollicité son appui.


-Et il a collaboré?

Oui, généreusement, et je peux dire que sans John ce projet n’aurait probablement pas vu le jour.


- Est-ce que le concept était bien clair pour toi?

Oui, ce que j’avais en tête était de former un club de tango  dans un quartier dela ville où il n’y avait pas de tango, d’y intéresser des étudiants, des personnes qui n’avaient ni connaissance, ni conscience du tango et de les inviter à le découvrir et à essayer de le danser. Je souhaitais aussi que le club  puisse offrir un enseignement de qualité à un coût raisonnable de telle manière que même un étudiant fauché puisse s’offrir des cours sans contrainte.


-Comment?

Comme on fait maintenant, soit en achetant le carte  annuelle  de membre, cinq dollars, puis en déboursant  deux dollars pour  deux heures de leçons les jeudi de 19:30-21:30.


-Quand le CTC est-il entré en opération?

Après avoir passé un mois et demi à réunir les autorisations nécessaires, nous avons tenu notre première classe suivie dune milonga le 17 novembre 2005.


-Et cela a marché?

Et bien, après cinq mois d’existence, nous avons  cinquante cinq membres enregistrés et il s’en ajoute régulièrement.


-Et qui sont les instructeurs?

C’est moi et toi Dania.


-Quand as-tu commencé à enseigner le tango Richard?

À l’été 2004.


-Était-ce  ta première expérience d’enseignement?

Du tango oui, mais de l’enseignement non. J’ai commencé à enseigner la musique à l’age de dix-neuf ans dans une école secondaire de l’Outaouais dans les années…(je me demande si je devrais dire ceci)…dans les années soixante-dix!


-Est-ce que tu dansais alors?

Non, j’étudiais la musique à cette époque.


-Quand as-tu commencé, à danser?

J’ai commencé à danser il y a quinze ans en 1991.


-Le tango?

Non, les danses de salon (ballroom).

-Cest fou, je ne t’imagine pas tellement danser les danses de salon…

Moi non plus… (rires).


-Combien de temps as-tu fait ça?

Jusqu’à ce que je découvre le tango en 1999.


-Et tu danses encore les danses de salon?

Non, à l’été 2000 j’ai tout arrêté pour étudier le tango à temps plein.


-Pourquoi avoir arrêté?

Le tango offre tout. Il n’y a rien de comparable, il n’y a rien comme le tango argentin.
Le tango représente trois danses : le tango, la valse-tango et la milonga.
Avec ces trois danses, on peut tout exprimer.


-Tu dis que tu ne te voyais pas bien dans les danses sociales, pourquoi donc
les avoir apprises?

Ce fut un concours de circonstances. En 1990 je recevais souvent des invitations à des dîners et galas assez formels qui étaient  suivis par la musique de petits orchestres et les gens dansaient. Au début j’observais puis on m’a invité à essayer, j’ai résisté…et finalement je me suis laissé convaincre.  


-Et tu as aimé cela?

Non, au contraire, mais j’ai observé (assez envieux d’ailleurs) ceux qui semblaient y exceller et qui avaient grand plaisir à le faire. Ensuite on m’a convaincu de prendre des leçons de danse.


-Et finalement, tu as aimé cela?

Non, le milieu tellement kitsch de la danse de salon était un formidable repoussoir pour moi.


-Tu as laissé tomber alors?

Non, c’est le plus curieux, j’étais très moqueur et critique de ce milieu, mais le plaisir d’évoluer avec quelqu’un dans les bras et le sentiment de joie et le plaisir physique de danser sont tels que j’étais quand même motivé à y retourner. Alors vint le temps où j’ai dû choisir, j’accepte le kitsch et la musique  ou je rentre chez moi et j’oublie tout.



-Et là que s’est-il passé?

J’ai choisi de rester et de danser… En plus, il y avait une quinzaine de danses dans le syllabus d’Arthur Murray et je me suis résolu à toutes les apprendre (c’est mon côté obsessif qui l’a emporté).


-Et cette aventure a duré combien de temps?

Jusqu’en janvier  1999. À cette époque j’habitais Ottawa et en janvier 1999 j’y ai vu le film:  “The Tango Lesson”.


-As-tu aimé?

Aimé? Ça m’a bouleversé  complètement…


-La danse dans le film?

La musique d’abord et la danse ensuite.


-Étant musicien c’est la musique du tango qui t'a attirée?

En fait, je venais de découvrir pour la première fois de ma vie  la véritable musique de tango. Tout ce que je connaissais du tango était ces incroyables tangos kitsch que l’on entend dans les écoles de danses sociales, comme ce tango!


Imagine un peu, découvrir Pugliese, di Sarli,  Pedro Laurenz, Gardel, les magnifiques chanteurs, tous ces musiciens de premier ordre jouant dans des orchestres sensationnels une musique si riche, si inspirée...il n’y a pas de musique populaire d’une telle qualité nulle part ailleurs au monde. Bouleversant, complètement bouleversant.

Et que dire de la danse! sinon que c’est la danse de couple  la plus belle qui soit. Totalement improvisée, aux possibilités infinies, avec un rapport au partenaire et une connexion d'une intensité telle…non vraiment  découvrir le tango argentin c’est être convié à un banquet impérial.

La danse sociale en comparaison me paraît aussi nourrissante et substantielle que de mâcher de la gomme.



 -Alors, tu es devenu  complètement accro?

Ah!  oui,  quand je suis rentré à Montréal à la fin de l’été  2000,  je me suis inscrit dans trois écoles de tango en même temps. Un peu après j’ai pris mes premières leçons particulières, chose que je continue à ce jour.


-Ou as-tu étudié le tango Richard?

Ici à Montréal, puis en Hollande et aux États Unis (New York, Boston, Providence, D.C. etc)


-Es-tu allé à  Buenos Aires?

Non, pas encore, et à vrai dire je n’en meurs pas d’envie.


-Et pourquoi donc?

Parce que j’ai la conviction que j’ai le meilleur de ce que peut offrir Buenos Aires en la personne de  mon professeur Noel Strazza. Noel enseigne ici à Montréal depuis l’été 2002 et me comble.

Et puis je sais qu’à Buenos Aires les milongas (soirées de danse) sont remplies de fumée, ce qui personnellement  me gêne beaucoup. Ceci dit, je vais quand même y aller six semaines cet automne.


- Comment vois-tu  ton avenir tango Richard?

À redonner aux autres un peu de ce cadeau inestimable que j’ai eu la chance de recevoir, et à essayer par mes modestes moyens d’enrichir la communauté de nouveaux membres et leur prodiguer conseils et un enseignement qui les aidera à s’épanouir et à s’exprimer dans cet art merveilleux.


-Comme tu le fais ici au CTC?

Comme NOUS le faisons ici au CTC.

Souhaiterais-tu danser Dania?

-Certainement, avec plaisir!

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