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Novembre 2008 en Chine
dans les derniers dix ans, la Chine viti-vinicole s'éveille. Et si les 1.4 milliards de Chinois cultivaient le goût du vin? Pendant ce second voyage en Chine je suis passé par Beijing, Shanghai, Hong Kong et deux provinces du sud: Guizhou et Guanxi. Voici ce que j'y ai observé: Des rizières à la treille La Chine boit du vin et de l'alcool de riz depuis toujours. On situe généralement autour du 2ème siècle de notre ère, et provenant d'Uzbekistan, l'apparition du vin issu de raisins. Les cépages européens (vitis vinifera) n'y ont fait leur apparition que tout récemment, depuis la fin du XIXème siècle. Il faudra cependant attendre la fin du vingtième siècle pour que les citadins des grands centres se mettent à en boire. C'est dire si le phénomène est récent. Voulant découvrir leurs traditions, c'est au pays des minorités ethniques Miao et Dong que j'ai goûté les vins de riz artisanaux. Les familles, après les moissons, décident de ce qui adviendra des excédents de riz. Deux options s'offrent à elles: vendre l'excédent de riz au marché ou transformer cet excédent en vin qui sera consommé tel quel, ou aromatisé, ou fortifié, ou bien carrément distilllé et tansformé en un alcool féroce (Baijiu) titrant plus de 53 degrés. Le vin de riz chinois fait maison, non-aromatisé (par des fruits, du miel ou du gingembre, etc.) est comparable à un saké puissant et remonté en alcool. Ce qui est assez unique cependant, ce sont les traditions d'hospitalité et les rituels dont il fait l'objet. Chez les Miao et les Dong, il est de coutume d'accueillir l'étranger avec un vin d'honneur à l'orée du village. J'ai eu la chance d'en vivre trois différents: Traduit par notre guide en "road block drinking party" ces rites sont très colorés et bien sympathiques.
Le premier fut littéralement un barrage routier. On stoppa toute circulation, puis une haie de jeunes femmes en costumes traditionnels s'avancèrent en offrant à chaque visiteur un ruban brodé par leurs soins.
L'art textile des Miao est de fait assez extraordinaire:
Ensuite, servi dans de petits verres, des coupelles en terre cuite ou bien des cornes, on nous offrit à boire en chantant.
Uniquement après avoir bu nous était-il permis de franchir le pont couvert donnant accès au village. Le second et le troisième n'était pas un barrage routier mais était composé d'un comité d'accueil et de musiciens.
Les hommes du village jouant une flûte de bambou particulière, les instruments de toutes tailles formaient un orchestre à la sonorité inouïe. Une fois entré dans le village, un second comité, un second verre, puis un troisìème et un troisième verre.
ENDURDNG PULCHRITUDE Mais laissons un moment la Chine et ses traditions pour nous tourner vers la modernité. Le vin chinois moderne cherche à imiter les vins de Bordeaux. De la province du Yunnan, j'ai dégusté un Cabernet Sauvignon (millésimé 2001). Un vin au nom assez évocateur: "Endurdng Pulchritude" (sic). Sur l'étiquette, ci-contre, on peut lire un poème de Rabindranath Tagore à la gloire de la beauté et du vin surmonté de la tête de la Vénus de Botticelli. Le concepteur, chinois sans doute, voulant certainement continuer dans la veine littéraire, il n'a pas choisi un nom banal comme: "Eternal Beauty" , "Beauté Éternelle" mais "Enduring Pulchritude" qui est nettement plus exalté et, comment dire, plus haut de gamme... Malheureusement, il nous faudra endurer une petite faute d'orthographe (ce qui ajoutera au charme de cette étiquette). Mais, le vin chinois étant consommé par des Chinois, on peut penser que ces derniers n'en perdront pas le sommeil. Plus étonnant encore pour moi est la mention: "Tibetan Dry" Je connaissais "Canada dry" mais pas "Tibetan dry" ;-) À la dégustation je ne m'en suis pas rendu compte non plus. Ce vin léger, faiblement coloré, peu structuré ni tannique, était oxydé. Cette bouteille fut achetée au rayon vins et alcools (de riz) dans un super marché de Kaili (située dans la province de Guizhou), une ville chinoise qui ne voit que très peu d'étrangers. Tous les vins offerts à la vente étaient chinois à l'exception d'une bouteille de: Icewine Canadien!* *(J'ai appris depuis lors que les producteurs de vin de glace ontarien protestaient énergiquement contre la contrefaçon de leurs vins par les chinois...). À Shanghai la saison des crabes bat son plein Emballés et présentés comme des joyaux, les crabes de Shanghai font les délices des gastronomes. Notre hôte nous les a servis accompagnés d'un vin de riz madérisé et servi chaud (!) rappelant vaguement un Xérès amontillado parfumé au gingembre... Déconcertant! Pour monter au ciel, il vaut mieux prendre l'ascenseur du tout nouveau "Financial center" où, en quelques minutes, vous vous retrouverez au centième étage. Au Langham Hotel de Hong Kong, un hôtel à la mode de Kowloon, la carte des vins est organisée selon les cépages. Divisée en 2 sections, vins blancs et vins rouges 14 cépages y sont présentés: de C pour Chardonnay à Z pour Zweigelt. Des 21 vins proposés, 5 sont français, 3 italiens, 2 autrichiens et les 11 autres sont du Nouveau Monde. MAJOR CELLAR Hong Kong, le Manhattan de l'Orient aime aussi les crabes de Shanghai et importe des fruits de mer du monde entier. Côté vin, ils ne sont pas en reste non plus. Situé à deux pas du célèbre hôtel Peninsula, MAJOR CELLAR (www.majorcellar.com) offre dans sa boutique les plus grands vins, les plus recherchés, les plus rares. Entre les: Lafite, Haut Brion et Latour, on trouve tous les millésimes de Mouton Rotschild depuis 1945 (le mouton doré de la vitrine annonce bien la couleur), des bouteilles de la Romanée Conti ou encore les Bourgogne de Henri Jayer, son Cros Parantoux! Pour $10,000 cdn on peut en rapporter... Heureusement, il y avait plus modeste: Pour $150 cdn, j'ai dégusté un très beau Pomerol: Chateau Nénin 2000.
!!!2008 sera une année faste pour les collectionneurs, les autorités de Hong Kong ayant aboli plus tôt cette année les taxes sur le vin !!! ...et pourvu que les bouteilles offertes soient expertisées, car nous sommes quand même au pays de la contrefaçon. (Vous n'arriverez pas chez Major Cellar d'ailleurs sans vous voir offrir une dizaine de fois de fausses montres Rolex).
Vive la cuisine cantonaise! Pendant tout le voyage je me suis bien demandé: "mais comment marier la cuisine chinoise avec le vin?" Il est d'usage de répondre: "avec un riesling Kabinett allemand" . Mais honnêtement, avec ce que j'ai goûté, même ça je ne le vois pas très bien. Une exception: la cuisine Cantonaise. À Hong Kong, j'ai dégusté des poissons et des fruits de mer simplement grillés avec un Chablis. Délicieux! La Chine compte six cuisines différentes paraît-il, et il est assez rare d'en trouver une faisant un peu l'économie de piments, de sucre et d'ail. Red liquor On dit que: "pour les Chinois la principale qualité d'un vin est d'être rouge" (ils appellent le vin "Red liquor"). Si ils n'aiment pas encore le blanc (leur palais étant habitué aux tanins du thé), je me demande bien si ils vont apprécier le goût du vin à table ? ou sera-t-il bu seul? Une chose est certaine, le vin est "in" et confère une notion de goût et de statut social à ceux qui en boivent. Pour les riches, posséder son propre vignoble est d'un chic fou et ce pays mystérieux, où tout dépasse l'entendement, n'a certes pas fini de nous étonner.
Pour l'heure, la qualité laisse encore à désirer, la blague lors de mon premier séjour à Beijing en 2006 était: "Avez vous goûté au vin chinois? Ah oui!, vraiment? Lequel préférez vous? le super ou le sans-plomb?" ...et on pouvait encore lire récemment dans le South China Post (livraison du jeudi 27 novembre 2008): "Many of China's wines are unsatisfying to western palates. "Very, very thin, not quite clean red Bordeaux", wrote critic Jancis Robinson about wine she tasted on visits in 2002 and 2003. Since then, Chinese wines have ben slow to improve because high-end buyers look abroad, and ordinary mainlanders have so little experience of wine that they are content to buy the cruder offerings." Pourtant, autre son de cloche, en mai dernier la très sérieuse maison de commerce de vins et spiritueux britannique Berry Bros & Rudd a publié un document dans lequel elle prédisait que dans cinquante ans la Chine serait le plus important producteur mondial de vin et offrira des vins de Cabernet Sauvignon et de Chardonnay comparables aux vins français...
Peut être aurons nous à une plus courte échéance sur nos tables, au Québec, des bouteilles à prix plancher avec l'effigie d'un panda détrônant les actuels kangourous et autres petits pingouins.
Ou encore avec le portrait du Président Mao... Ne riez pas, le "Chairman's Reserve" de Grace Vineyard existe déjà. Si tel est le cas, qu'il nous parvienne à la SAQ, et si je me trouve à conseiller des clients en succursale à ce moment là, je pourrai répondre à la question: "Que pensez vous du Chairman's Reserve?" Conformément à la version officielle du Parti Communiste Chinois, je dirai: "Le Président Mao, c'est 70% de bon et 30% de mauvais" In Vino Veritas!
Richard S. Montréal le 3 décembre 2008 |